Tout doit disparaître
TOUT DOIT DISPARAÎTRE
Début de saison à «Oriental-Vevey»
« Consommons culturique !»
Epoustouflante prestation de la paire de comédiens-chansonniers-clowns-acrobates-humoristes Jean-Marc Bailleux et Gérald Robert-Tissot, plus communément nommés «Théâtre D'ouble». Mise en boîte et en satire de toutes les tendances de la société occidentale de 1968 à aujourd'hui autour d'un concombre. Décapant !
II y a du jeu de mot à la Queneau et de l'insolence. Il y a du cirque, de la verve, du culot et un rien des «Frères Jacques» dans ce duo allumé et survolté. II y a un peu de la conscience d'un Coluche à démonter les belles mécaniques bien rôdées de la politique et de l'économie. Il y a aussi une bonne dose de pédagogie et un peu de confusion pour un spectacle costaud mené tambour battant.
Tout peut se vendre !
Dans notre société du prêt-à-consommer tout peut se vendre et rencontrer le succès. Nos dingues associés font une fixation sur le concombre (allez savoir pourquoi !), imaginant une super entreprise spécialisée dans la vente de ce légume. Ils démontrent et caricaturent les stratégies «marketing» qui vont pousser le consommateur standard à croire que le bonheur se trouve au bout de la sus-nommée cucurbitacée.
Un genre dérangeant
Le genre est dérangeant, bruyant, malséant, tant mieux ! On se retrouve bombardé de trucs en plastique et de rondelles de... concombre. Le public participe à un sabbat autour de la consommation, la sainte consommation, la nouvelle religion qui vous fait un sourire éclatant, un corps de rêve, vous promet la jeunesse éternelle, vous déclare - votre pensée, vos vêtements, vos goûts - tendance ou ringard au gré des aléas du marché. Et jusqu'au tombeau car, dans une société obnubilée par la possession de choses inertes, « la mort, c' est méga-tendance» ! Au passage, la gauche caviar et la droite populiste, deux gros producteurs de prêt-à-penser , ne manquent pas d'être épinglés.
Frédéric VALLOTTON
Scènes et Galeries de la Riviera
Vendredi 27 septembre 2002
«Tout doit disparaître» ouvre la saison de l'Oriental
De la pub en pleine figure!
Explosive performance verbale et physique de deux Lyonnais déchaînés et libérateurs.
Jamais plus, on ne poussera son caddie comme avant… ce spectacle détonant et joyeusement subversif. Se munir d'un flacon plastique et subir une bande pub, façon Bailleux Robert-Tissot, avant d'entrer dans la salle! Dans un prodigieux amoncellement de plastiques en tous genres, les deux compères mettent en route la machine infernale de la publicité consumériste. Rythme accéléré, comme dans les bandes projetées dans les cinémas et à la télé et chutes imprévisibles au sommet des actions. « Consommons pour sauver (ou détruire) notre planète», premier mot d'ordre martelé de la naissance à la mort. Manipulé, endoctriné, entraîné à vouloir consommer, digérer et expulser des objets, l'humain moyen apprend la loi de J'offre et de la demande, les règles des contrats et des guerres économiques.
DES BIDONS À REVENDRE
Entourés d'une foule d'estagnons, de bidons et de fioles, Jean-Marc Bailleux et Gérald Robert-Tissot en jouent comme d'ouvriers (à licencier!), de véhicules, d'objets de culte et de projectiles. Iconoclastes et sans ménagement, ils mettent une énergie colossale à faire exploser tous les ressorts de la production et de la publicité. Une cuvette WC, siège, objet de promotion, de distribution et d'évacuation circule sur les couplets en hommage au sac plastique à tous usages. Façon corse, rock, à la Brassens ou à la Johnny, le message doit passer. Sous le label de «concombrel" , tout va voler en éclats, des fêtes commercialisées aux rites du paliage-communion sous les espèces d'une rondelle du légume vert et hautement suggestif.
Des aliments pollués ou irradiés aux tests bidons, des interview branchés à l'érotisme récupéré par la pub, «tout doit disparaître » et disparaît dans les fumées délétères de l'écran magique où l'on surfe sur le vide, Superbement insolent et libérateur, le jeu fou et hilarant du Théâtre D'Ouble mérite absolument le détour.
Mireille Schnorf
La presse Riviera Chablais
21-22 septembre 2002
|